J’ai récemment visité l’exposition La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé au Palais Galliera, et s’il y a une pièce qu’il me tenait à cœur de voir, c’est bien ce corset de soie vert ayant très probablement appartenu à l’emblématique reine de France. Sa fragilité et sa valeur ne permettent pas de l’exposer de manière permanente. Ainsi, la dernière fois que le corset de Marie-Antoinette a pu être montré au public, c’était en 2017, vous comprenez donc mon empressement à visiter cette exposition… d’autant qu’il va ensuite rejoindre définitivement les réserves du musée. Allez, voici tout ce qu’il faut savoir sur cette relique exceptionnelle d’une robe de Marie-Antoinette.
Le corset de Marie-Antoinette : une provenance incongrue
Ce qui rend cette pièce vraiment unique, c’est d’abord sa provenance. Il a été retrouvé plié entre les pages d’un livre de comptes, le livre-journal de Madame Éloffe, marchande de modes de la reine (à l’instar de Rose Bertin). En 1885, le comte de Reiset, un collectionneur passionné de la reine (tout comme Michèle Lorin), publie ledit livre dans un ouvrage intitulé Modes et usages au temps de Marie-Antoinette. Il y mentionne la découverte de ce corset, conservé aujourd’hui telle une relique, comme tant d’autres objets ayant supposément appartenu à la reine.
Pourquoi ce corset se trouvait-il chez la modiste de la reine ? À l’époque, il était d’usage de donner d’anciens vêtements aux marchandes de modes pour qu’elles s’en servent de modèles de travail.

Les détails qui frappent
Les piqûres d’épingles
En le regardant de très près, on s’aperçoit que le tissu est criblé de petits trous, témoins discrets des décorations qui étaient fixées sur le corset (dentelles, galons, bijoux) du temps où il était porté, puis des essais d’ornementations réalisés par la suite par la marchande de modes.

Une silhouette caractéristique du XVIIIe siècle
Cette silhouette en sablier, aussi spectaculaire paraisse-t-elle, est parfaitement conforme aux standards de l’époque. Si elle semble irréelle pour nous aujourd’hui, elle était façonnée par le port du corset dès l’enfance.

Les épaules très en arrière
Observez les mancherons. La silhouette XVIIIe n’avait rien à voir avec la nôtre (dos et épaules volontiers ramassées vers l’avant). Les femmes se tenaient alors très droit, les épaules en arrière avec les omoplates se touchant presque, d’où ces emmanchures orientées vers le dos. Dans cette posture, les mouvements des bras étaient contraints. Comme l’expliquait avec humour l’experte en costume Fanny Wilk (Temps d’élégance) au cours d’un atelier sur la mode du XVIIIe auquel j’ai assisté il y a quelque temps, il faut imaginer les mouvements des bras tels ceux d’un T-Rex (essayez de faire se rejoindre vos omoplates et vous aurez la vision ! 😉). Mais c’est surtout une question d’habitude.

Les considérations du comte de Reiset
Le comte de Reiset, plus préoccupé à réhabiliter la mémoire de la reine qu’à adopter une démarche scientifique, a contribué à propager des idées fausses dont il faut aujourd’hui se défaire au sujet de ce corset. Il en prend les mesures (qui ne sont reprises nulle part aujourd’hui, ni sur la notice du corset du site du palais Galliera ni sur les cartels de l’exposition) : tour de taille de 59 cm et tour de poitrine de 109 cm.
En 1880, il demande à des couturières leur avis sur les mensurations de la reine. Lisez plutôt leurs étonnantes conclusions :
« Ces dames ont encore trouvé que le dos était énorme et que la Reine par conséquent devait avoir assez d’embonpoint à l’époque où elle se servait de ce corsage. »
En réalité, aucune déduction sur la taille de Marie-Antoinette ou sa morphologie ne peut être tirée des mesures de ce corset.
Reiset fait en outre réaliser par Joséphine Houssay, une portraitiste de la deuxième moitié du XIXe siècle, ce dessin de Marie-Antoinette arborant le fameux corset, qui n’illustre en rien son utilisation à l’époque de la reine. Bref, rien de bien sérieux dans cette démarche.

Les hypothèses actuelles sur le corset de Marie-Antoinette du palais Galliera
Alors quelles certitudes avons-nous aujourd’hui ?
Déjà, précisons qu’en l’état actuel des recherches, les experts continuent d’attribuer ce corset à Marie-Antoinette.
Ils le datent des années 1770-1780, soit les premières années de l’archiduchesse à Versailles (elle avait alors entre 15 et 25 ans), ce qui semble cohérent avec la silhouette qu’il dessine. On peine en effet à croire qu’il ait pu être porté plus tard, par une femme ayant eu plusieurs enfants (pitié, ne me parlez pas du cas « Sissi »…). À cette époque, on n’est pas encore tout à fait entré dans l’apogée de l’ère « Marie-Antoinette fashionista ».
Ce corset en taffetas de soie vert est une pièce souple faisant partie d’un grand-habit de cour. Contrairement au bustier traditionnel (le grand corps) qui est rigide et entièrement baleiné, ce modèle particulier est dépourvu de baleines. Il possède simplement un petit gousset intérieur servant à glisser un busc de bois, un genre de latte qui permet d’éviter les plis et de maintenir le buste bien droit, tout en offrant une relative « souplesse » (toute proportion gardée pour l’époque !).
Ce corset (ou peut-être serait-il plus juste de parler de corsage) devait donc être enfilé par-dessus un « corps piqué » (un sous-vêtement de soutien plus léger que le grand corps) pour maintenir sa forme et restait visible. Il servait d’alternative plus confortable lors de cérémonies officielles moins solennelles, tout en conservant l’apparence noble et structurée exigée par l’étiquette de Versailles.
Voilà ce que je peux vous dire sur le corset de Marie-Antoinette conservé au palais Galliera.
Si vous êtes de passage à Paris, je vous conseille d’aller faire un tour à l’exposition La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé pour le voir, ainsi que plein d’autres magnifiques vêtements.
Vous avez jusqu’au 12 juillet 2026 !

Infos pratiques :
📍 Exposition La mode du XVIIIe siècle, un héritage fantasmé
🏛️ Palais Galliera, 10 Av. Pierre 1er de Serbie, Paris 16
💶 14 € (plein tarif)
📅 Jusqu’au 12 juillet 2026 seulement !
Stéphanie

