Passion Marie-Antoinette

Michèle Lorin, collectionneuse de Marie-Antoinette

Michèle Lorin : Mordue de Marie-Antoinette depuis 1956 !

Qui est Michèle Lorin ? Cette ancienne fonctionnaire de police reconvertie en agent immobilier est connue pour être LA collectionneuse de Marie-Antoinette. Depuis 1956, elle accumule tout ce qui concerne l’iconique reine de France, du livre ancien à l’article de magazine, en passant pas les bustes et les miniatures. Présidente de l’association dédiée à la souveraine, elle participe aussi activement à un forum internet qui regroupe près de 700 membres. En décembre 2022, je suis partie à sa rencontre, chez elle, dans le Loiret. Nous avons longuement échangé et j’ai eu le bonheur de m’immerger dans son univers consacré à 100 % à Marie-Antoinette.

Michèle Lorin : une passion pour Marie-Antoinette prédestinée ?

Michèle Lorin était-elle prédestinée à s’intéresser de très près à Marie-Antoinette ? Quand on le lui demande, la principale intéressée répond « oui » sans la moindre hésitation ! Hasard ou puissance du destin, elle a vécu dans l’appartement d’Étienne Lasne, qui n’est autre que le dernier gardien de Louis XVII à la prison du Temple. La chambre où est décédé l’homme en 1841 était… sa chambre de jeune fille ! Cette anecdote, Michèle Lorin l’a découverte tardivement, si bien qu’elle n’a pas grandi avec cet héritage du passé. Alors comment est née sa passion pour Marie-Antoinette ?

Une Marie-Antoinette mania qui dure depuis l’âge de 12 ans

Michèle Lorin a 12 ans quand sa maman l’emmène au cinéma voir le film de Jean Delannoy, Marie-Antoinette Reine de France. On est en 1956. C’est le coup de cœur. Michèle Morgan, qui interprète le rôle-titre, reste d’ailleurs pour elle la plus belle des Marie-Antoinette à l’écran.

La fièvre qui la saisit ne la quittera plus. Elle commence par faire le tour des bouquinistes tous les dimanches, à la recherche de coupures de magazines.

« Je triais pendant 2 heures des piles d’Historia pour avoir un article, une image. »

À force, les marchands la connaissent et lui mettent de côté les livres abîmés et invendables. C’est ainsi qu’elle récupère la biographie écrite par Stefan Zweig ou celle de Castelot. Un peu plus tard, elle commence à s’intéresser aux objets. Son premier vrai trésor ? Une très belle boîte du XVIIIe siècle, sans doute une boîte d’avènement. La miniature représente un ange posant une couronne sur la tête de Marie-Antoinette. Elle se souvient de cette acquisition comme si c’était hier. L’écrin lui a coûté 3 fois son salaire et il lui a fallu 6 mois pour régler son dû et pouvoir, enfin, ramener sa précieuse pièce de collection chez elle. Car Michèle a une règle et s’y tient : pas de crédit.

« À l’époque, je gagnais 500 francs par mois. C’était une folie ! »

Une collection sur Marie-Antoinette foisonnante et éclectique

Depuis plus de 60 ans, Michèle accumule livres, miniatures, bustes, poupées, tableaux, sculptures, DVD, etc., en lien avec son idole. Combien d’objets regroupe sa collection ? Elle ne compte pas. Ou plutôt, elle ne compte plus. Elle détient plus de 100 miniatures ; possède 15 bibliothèques ! D’ailleurs, Michèle est la créatrice de la seule et unique bibliothèque Marie-Antoinette qui existe. Chaque livre, à son entrée, est marqué d’un poinçon. Les ouvrages très anciens et rares (le plus vieux date de 1770 !) cohabitent, dans sa maison, avec d’autres beaucoup plus modernes. Cet éclectisme caractérise d’ailleurs la collection tout entière. C’est ainsi qu’au milieu de médailles et de pièces d’époque, on trouve, par exemple, une Daisy grimée en Marie-Antoinette (goodie du célèbre fromage La Vache qui rit, dans les années 1980). C’est simple, Michèle amasse tout ce qui est en rapport avec Marie-Antoinette.

« Je risque un jour d’avoir du Sopalin ou du papier toilette Marie-Antoinette, ils sont capables de le faire ! »

Daisy en Marie-Antoinette
Au milieu des médailles, Daisy en Marie-Antoinette. Collection particulière.

Son objet favori ? Elle n’en a pas. C’est toujours le dernier venu qui a sa préférence. « Après, il se met en place. Parfois, je sais où le mettre avant qu’il arrive, parfois, je tourne, je vire avant de trouver LA place. Et après, en principe, il ne bouge plus. »

Aucune pièce de sa maison n’échappe à sa passion. Aucune. Seule la cuisine fait à moitié exception : Marie-Antoinette partage l’espace avec une… collection d’oies ! Au deuxième étage se trouve le bureau de Michèle. C’est la pièce des archives. Depuis des dizaines d’années, elle y amasse articles et images qu’elle conserve soigneusement dans d’innombrables dossiers.

La collectionneuse est bien connue des initiés et même des institutions. Elle prête ainsi régulièrement certaines de ses pièces pour les expositions. « Les musées viennent quand ils ont besoin ». En 2023, pour l’expo Louis XVI, Marie-Antoinette et la Révolution au musée des Archives nationales, elle mettra de nouveau à disposition quelques-uns de ses trésors.

Les petites folies de Michèle Lorin ou ce que sa passion pour Marie-Antoinette lui a fait faire de plus fou

Bien sûr, dans le cadre de sa Marie-Antoinette mania, Michèle Lorin a fait quelques gros achats. Elle possède ainsi de très belles pièces comme cette sculpture en terre cuite de 110 cm de haut de Lord Ronald Gower, représentant la reine les mains liées dans le dos, allant à l’échafaud. Elle trônait d’ailleurs à la Conciergerie lors de la rétrospective de 2019-2020 (Marie-Antoinette, Métamorphoses d’une image).

Statue en terre cuite de Marie-Antoinette allant à l'échafaud de Lord Ronald Gower.
Statue en terre cuite représentant Marie-Antoinette allant à l’échafaud signée Lord Ronald Gower. Collection particulière.

 

Mais ces acquisitions ne sont que la face visible de la passion que Michèle Lorin voue à Marie-Antoinette. Reste l’autre face, celle qui remplit ses souvenirs. Plusieurs fois, elle a reproduit le trajet Vienne-Compiègne, effectué par la jeune archiduchesse d’Autriche en avril-mai 1770. Ce périple, qui dura près de 3 semaines, a été jalonné de nombreuses étapes, dont les archives des villes traversées ont gardé des traces. Michèle s’est rendue dans ces lieux de mémoire. Elle a scrupuleusement récolté la moindre empreinte du passage de la dauphine, visité les endroits où elle s’est arrêtée et, parfois même, dormi dans les hébergements où, 200 ans plus tôt, la future reine de France a passé la nuit. « Je l’ai fait plusieurs années de suite. Je louais une voiture et puis je partais. Je le faisais parfois en contre sens. Il y a des endroits où je suis passée plusieurs fois. Vienne, Melk, Augsburg… je connais tout ça ! J’allais dans les archives chercher les documents. J’ai un gros dossier sur le voyage de la dauphine ! »

Michèle Lorin et Marie-Antoinette : pour l’amour de la reine

Qu’on se le dise, Michèle Lorin vous une admiration sans bornes à Marie-Antoinette ! « Je l’aime telle quelle, avec ses qualités et ses défauts. » « C’est une mère admirable, elle est une bonne épouse, car malgré tout elle l’aimait bien [Louis XVI, NDLR]. Elle est aimable, aimée par tous les gens qui l’entourent, par son personnel, elle est agréable. C’est une femme moderne. On la compare souvent à Lady Di, c’est un peu le même genre. »

Si elle avait pu la rencontrer, que lui aurait-elle dit ? « On aurait papoté. Si je connaissais la fin, j’aurais pu la lui raconter. Mais je serais passée pour une sorcière. Je lui aurais éventuellement conseillé certaines choses qu’il fallait éviter qu’elle fasse… »

Est-ce que Michèle aurait aimé vivre au XVIIIe siècle ? « Ah oui ! Mais en connaissant la fin, en partant avant la fin si vous voyez ce que je veux dire. Je serai partie avant octobre [1789, NDLR]. »

🔎 À lire aussi : Les 23 dates de Marie-Antoinette les plus importantes (avec frise chronologique)

Des anecdotes qui font frissonner

Avec tous ces objets disséminés partout dans la maison, comment ne pas en venir à une dimension plus ésotérique, qui fera sans doute froncer les sourcils aux plus cartésiens d’entre vous, mais qui me semble malgré tout pertinente. Préparez-vous à trembler…

Pas de doutes, pour Michèle Lorin, Marie-Antoinette est là en permanence. La maison est emplie de son âme. Michèle croit aussi au pouvoir des objets. « Tous mes objets sont chargés. » Certains, qui fonctionnaient par paires, retrouvent ainsi leur double après des années de séparation. Attraction mystique ?

Au cours de l’entretien, Michèle me raconte une anecdote troublante. Elle possède un corset qui aurait appartenu à la reine. Une amie dotée de dons de médium lui rend un jour visite. Le fameux corset, placé à côté d’elle, l’indispose. Sur l’instant, elle ne dit rien, et se contente de s’éloigner un peu de l’objet. Le lendemain, au téléphone, elle confie à Michèle sa gêne de la veille et va plus loin dans ses explications en lui apprenant… que ce corset est ensanglanté. Une femme ayant été à l’échafaud l’aurait porté…

Corset supposé de Marie-Antoinette.
Corset (ensanglanté ?) supposé de Marie-Antoinette. Collection particulière.

Michèle me parle aussi de ce premier buste en poudre de marbre acheté rue d’Arcole à Paris, qu’elle aimait beaucoup. Sa maman l’a malencontreusement fait tomber par terre. Il fut décapité. D’ailleurs, curieusement me dit-elle, « tous les bustes qui tombent sont décapités. »

Michèle Lorin, présidente de l’Association Marie-Antoinette

Depuis plus de 60 ans qu’elle consacre sa vie à Marie-Antoinette, la collectionneuse a accumulé un savoir qui n’a rien à envier aux meilleurs historiens. Pour autant, elle n’a jamais eu envie d’écrire de livre. « Il y en a tellement, je ne vais pas en faire un de plus ! » Emmanuel de Waresquiel, Jean-Christian Petitfils ou encore Simone Bertière – qui signe sans aucun doute le meilleur livre sur Marie-Antoinette – ont déjà fait un excellent travail selon elle.

Non, ce qu’elle préfère, c’est parler de la reine, partager sa passion et ses connaissances. L’Association Marie-Antoinette lui offre cet espace d’expression, même si elle déplore qu’avec la crise sanitaire de 2020, les rencontres entre les adhérents et l’organisation d’événements (visites, conférences…) aient dû être mises sur pause. Isabelle Toris-Duthillier, scénariste et actrice dont j’avais parlé dans mon article sur la pièce de théâtre Marie-Antoinette la dernière étreinte, est la secrétaire de l’amicale.

Les mystères qui planent autour de la famille de Louis XVI : l’avis de la collectionneuse

Je n’ai pas pu m’empêcher de demander à Michèle son avis sur des questions qui restent toujours sans réponse concernant la famille royale et qui peuvent, si vous les abordez dans un cercle d’initiés, déchainer les passions ! C’est parti !

Stéphanie : Marie-Antoinette et Fersen ont-ils consommé leur love story ?

Michèle : « S’ils l’ont fait tant mieux, s’ils l’ont pas fait tant pis ! »

Stéphanie : Louis XVII est-il le fils de Fersen ?

Michèle : « Je suis sûre que non. »

Stéphanie : Louis XVII a-t-il été remplacé par un autre enfant au Temple ?

Michèle : « Peut-être. »

Stéphanie : Madame Royale est-elle la duchesse d’Angoulême ?

Michèle : « Non ! »

Sur ce dernier point, Michèle Lorin est catégorique et incollable. Elle possède d’ailleurs un énorme dossier sur le sujet. Elle s’est rendue plusieurs fois à Hildburghausen en Allemagne, sur la tombe de celle que l’on appelle la comtesse des Ténèbres, et qui ne serait autre que Madame Royale, la fille de Louis XVI et Marie-Antoinette. La première fois, « je suis arrivée en Allemagne en juillet, elle venait de s’ouvrir depuis décembre (après la réunification de la RFA et la RDA, NDLR). Quand j’ai débarqué en disant que je venais de Paris Frankreich, j’étais une martienne ! J’avais une Golf, ils étaient tous autour de ma voiture. Et moi je regardais les Trabant (voiture culte de la RDA, NDLR). Avec les gamins nous sommes allés à Hildburghausen, on cherchait la tombe. C’est moi qui leur ai montré la tombe, en haut de la colline. Pendant la période russe, personne ne pouvait aller sur cette colline parce qu’il y avait un radar. C’était un no man’s land. »

Tombe de la comtesse des Ténèbres à Hildburghausen, en Allemagne.
Tombe de la comtesse des Ténèbres à Hildburghausen, en Allemagne.

 

Si les publicités intempestives ne vous dérangent pas, je vous conseille d’écouter ce podcast de Franck Ferrand pour en savoir plus sur ce sujet passionnant :

 

Cet article touche à sa fin. Peut-être vous demandez-vous ce que deviendra tout ce patrimoine après Michèle Lorin ? Tout est d’ores et déjà prévu. Les livres partiront à Versailles et le reste de la collection au musée Louis XVI de Varennes-en-Argonne (55) qui verra le jour dans les années à venir. Mais souhaitons à Michèle une longue vie et encore plein de belles acquisitions.

🕵️‍♀️ Envie de vous replonger dans le destin mouvementé de la dernière reine de France ? Lisez la biographie de Marie-Antoinette.

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Stéphanie

📍Pour retrouver Michèle Lorin :

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Bonne lecture !

Qui suis-je ?

Je suis Stéphanie Soulier. J’ai craqué pour Marie-Antoinette après avoir vu un docufiction sur Arte. Depuis… j’ai décidé de lui consacrer un blog. En savoir plus sur ma démarche.

Stéphanie Soulier du site Passion Marie-Antoinette

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