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Lettre d’adieu de Marie-Antoinette | Décryptage

Il est 4 h 30 la nuit du 15 au 16 octobre 1793. Marie-Antoinette se sait condamnée à mort depuis une demi-heure. De retour dans la pénombre de sa misérable cellule de la Conciergerie, elle demande une bougie, du papier et un peu d’encre à son geôlier. La voici qui prend sa plume pour écrire sa dernière lettre

La lettre d’adieu de Marie-Antoinette est adressée à sa belle-sœur, Madame Élisabeth, emprisonnée au Temple avec Marie-Thérèse, la fille du couple royal déchu. Bouleversante, cette missive de 3 pages est pleine de références qui méritent quelques explications pour être bien comprises. Plongeons dans la tête de la reine au moment de ses dernières heures (sans mauvais jeu de mots) et voyons en détail le contenu de ce courrier aussi appelé « Testament de Marie-Antoinette », qui est aujourd’hui conservé dans l’armoire de fer des Archives nationales sous la cote AE/I/7-8 (n°3).

Avertissement : La lettre de Marie-Antoinette est-elle un faux écrit sous la Restauration ? La question s’est vite posée. Les différentes analyses menées (graphie, papier, style d’écriture…) vont toutes dans le sens de l’authenticité de la lettre-testament de la reine. C’est la thèse de l’historien Emmanuel de Waresquiel – dont l’ouvrage sur lequel je me suis principalement appuyée pour rédiger cet article date de 2021 –, et je partage cette conviction.

Transcription du testament de Marie-Antoinette, écrit dans la nuit du 15 au 16 octobre 1793

Avant d’entrer dans le détail des dernières pensées de la reine, relisons sa poignante lettre d’adieu :

« C’est à vous, ma sœur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée, non pas à une mort honteuse – elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente j’espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien. J’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. Vous savez que je n’existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J’ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n’ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction ; j’espère qu’un jour, lorsqu’ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu’ils pensent tous deux à ce que je n’ai cessé de leur inspirer : que les principes et l’exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur. Que ma fille sente qu’à l’âge qu’elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l’expérience qu’elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services que l’amitié peut inspirer ; qu’ils sentent enfin tous deux que dans quelque position où ils pourront se trouver ils ne seront vraiment heureux que par leur union ; qu’ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de plus tendre, de plus uni que dans sa propre famille ? Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément : qu’il ne cherche jamais à venger notre mort.

J’ai à vous parler d’une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur, pensez à l’âge qu’il a et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu’on veut et même ce qu’il ne comprend pas. Un jour viendra, j’espère, où il ne sentira que mieux le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux.
Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J’aurais voulu les écrire dès le commencement du procès, mais, outre qu’on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n’en aurais réellement pas eu le temps.

Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée et que j’ai toujours professée, n’ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s’ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que j’existe ; j’espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu’il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté.
Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j’aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J’avais des amis, l’idée d’en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j’emporte en mourant ; qu’ils sachent du moins que, jusqu’à mon dernier moment, j’ai pensé à eux.

Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu’il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! je ne vais plus m’occuper que de mes devoirs spirituels.

Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m’amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot et que je le traiterai comme un être absolument étranger. »

Lettre d’adieu de Marie-Antoinette : explications pour bien la comprendre

« J’espère montrer la même fermeté que lui [Louis XVI] dans ces derniers moments »

Le 20 janvier 1793, Louis XVI apprend qu’il est condamné à mort. Il demande un délai de 3 jours pour se préparer à la sentence. Sa demande est rejetée par la Convention, il sera exécuté le lendemain même. Séparé de sa famille depuis le 11 décembre 1792 dans le cadre de la tenue de son procès, il est autorisé à retrouver les siens dans la salle à manger de la prison du Temple pour des adieux que l’on imagine déchirants. Il est donc 20 h 30 ce soir du 20 janvier lorsque Marie-Antoinette, Madame Royale (Marie-Thérèse, leur fille), Louis Charles (le dauphin) et Madame Élisabeth retrouvent le roi, qu’elles n’avaient pas vu depuis plus d’un mois. Elles connaissent déjà la terrible nouvelle. Elles ont entendu les crieurs de journaux l’annoncer confiera plus tard la fille du couple, seule rescapée du Temple.

Cette dernière réunion de famille dure près de 2 h. Personne n’y assiste. Ceux qui étaient à proximité de la salle à manger décrivent des cris, des lamentations, des sanglots (comment aurait-il pu en être autrement ?). Mais face à sa funeste destinée, le roi reste imperturbable, comme à son habitude. Il pleure bien sûr, mais « de notre douleur et non de sa mort », dira Marie-Thérèse. Vers 22 h, Louis XVI se lève. Il est temps pour lui de quitter sa famille et de se préparer spirituellement à abandonner le monde ici-bas. Marie-Antoinette lui fait promettre de revenir à 7 h le lendemain. Il ne tiendra pas parole, sans doute par crainte de flancher. Faiblesse ou courage ? À 10 h 22 le 21 janvier 1793, le roi est guillotiné.

Estampe des adieux du roi Louis XVI à sa famille
Les adieux de Louis XVI à sa famille dans la tour du Temple, le 20 janvier 1793 (estampe). Source : Bnf Gallica

 

« Vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous »

Madame Élisabeth est réputée pour avoir, tout au long de sa (courte) vie été très pieuse. D’ailleurs, ses soutiens aujourd’hui réclament sa béatification. Dans la foi, la notion de sacrifice est omniprésente. Le moins que l’on puisse dire est que la sœur de Louis XVI s’est littéralement sacrifiée pour son frère, auquel elle était très attachée. Alors qu’à plusieurs reprises elle a l’occasion de fuir comme ses tantes ou ses frères, elle reste auprès de la famille royale. Elle est de tous les dangers : journées des 5 et 6 octobre 1789, fuite à Varennes, invasion des Tuileries du 20 juin 1792. Elle finit enfermée au Temple avec le roi, la reine et leurs deux enfants, et subit, comme les autres, ce long calvaire physique et psychologique.

 

Portrait de Madame Elisabeth par Elisabeth Vigée Le Brun
Portrait de Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, par Élisabeth Vigée Le Brun, vers 1782. Collection du château de Versailles.

 

« J’ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous »

Ici, Marie-Antoinette fait erreur. Marie-Thérèse et Madame Élisabeth sont toujours emprisonnées ensemble au Temple. Seulement, elles ont été interrogées séparément dans le cadre des accusations d’inceste sur Louis Charles, d’où la confusion. En tout cas, la reine s’apprête à quitter ce monde avec la conviction que ses enfants, ses biens les plus précieux, sont désormais séparés et seuls, sans l’aile protectrice d’un parent bienveillant à leurs côtés. On peut imaginer dans quel état cette nouvelle la met.

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« Je ne sais même pas si celle-ci [cette lettre] vous parviendra »

En effet, Marie-Antoinette voit juste. La lettre dormira dans un dossier jusqu’à son « exhumation » bien plus tard, j’y reviendrai. Madame Elisabeth n’en aura donc jamais connaissance. Elle aussi sera guillotinée, le 10 mai 1794. C’est ce jour-là d’ailleurs qu’elle apprendra la mort de la reine 7 mois plus tôt. Quant à Marie-Thérèse, elle saura en 1795 seulement que sa mère, sa tante et son frère sont décédés.

« Qu’ils pensent tous deux [ses enfants] à ce que je n’ai cessé de leur inspirer »

Marie-Antoinette s’est beaucoup impliquée dans l’éducation de ses enfants, faisant même preuve d’une étonnante modernité pour l’époque. Au moment où elle écrit sa dernière lettre, son cœur de maman est déjà meurtri par la disparition de la petite Sophie à l’âge de 11 mois, en 1787, et par celle du si fragile dauphin Louis Joseph en juin 1789. Marie-Thérèse et Louis Charles sont donc tout ce qui lui reste désormais (« je n’existais que pour eux »). Elle les aime tendrement, leurs surnoms respectifs en attestent d’ailleurs : Mousseline et le Chou d’amour. S’apprêtant à les quitter pour toujours, elle trouve la force de leur rappeler l’importance du pardon (« qu’il ne cherche pas à venger notre mort ») et de la fraternité, qu’elle place comme ingrédient indispensable de leur bonheur. Elle termine par ce cri poignant : « Mon Dieu, qu’il est déchirant de les quitter pour toujours ! ».

« Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père »

Le 20 janvier 1793 au soir, lors de ses adieux, Louis XVI s’adresse à son fils Louis Charles, appelé, si la royauté est un jour rétablie, à monter sur le trône de France sous le nom de Louis XVII. Il lui fait promettre de pardonner à ceux qui ont conduit à sa perte, et de ne pas chercher à se venger. Cette idée était déjà exprimée dans le testament que le roi, pressentant l’issue fatale de son procès, avait rédigé dès le jour de Noël 1792 :

« Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile. »

Marie-Antoinette réaffirme donc à son fils l’importance de respecter les volontés de son père et de ne pas céder au désir de vengeance.

« Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine »

On touche là un sujet délicat, que Marie-Antoinette ne prend même pas la peine de nommer tant l’accusation est odieuse : l’inceste. Depuis le 3 juillet 1793, Louis Charles, 8 ans, est séparé de sa mère et confié à un sans-culotte fruste de 57 ans, Antoine Simon. Ce dernier est chargé par le Comité de salut public de faire oublier à l’enfant ses origines (« lui faire perdre l’idée de son rang », dira Simon) et de lui donner une éducation républicaine. Influence de Simon ou des gardes de la tour du Temple, nul ne sait vraiment, toujours est-il que le garçonnet se met rapidement à jurer comme un charretier, à entonner des chants révolutionnaires et à proférer des obscénités. Bientôt, Simon l’attrape en train de se livrer à des caresses nocturnes et se fâche. Quelques semaines plus tôt, alors qu’il était encore avec sa mère et sa tante, il s’était déjà fait surprendre et gronder par elles pour ces gestes. On peut imaginer que ce petit garçon, que la Révolution a arraché à son cocon douillet de Versailles à 4 ans, soit perturbé par la succession d’événements terribles qu’il a vécus, les derniers en date étant la mort de son père, qu’il adorait, et la séparation d’avec Marie-Antoinette. Aussi, sans doute complètement perdu, il confiera qu’il a été instruit « dans ces habitudes pernicieuses par sa mère et sa tante, et que différentes fois elles s’étaient amusées à lui voir répéter ces pratiques devant elles et que bien souvent, cela avait lieu lorsqu’elles le faisaient coucher entre elles. »

Portrait du Cordonnier Simon, attribué à Antoine-Jean Gros, 1794-1795
Portrait présumé du cordonnier Simon, attribué à Antoine-Jean Gros, 1794-1795

 

Hébert, un des substituts du procureur général de la Commune, met tout en œuvre pour faire témoigner Louis Charles contre sa mère. Il tient là un motif en or ! L’enfant confirme les faits devant lui, puis, lors d’une confrontation, réitère ses propos devant sa tante et sa sœur, indignées. « Oh le monstre ! » aurait lâché Madame Élisabeth. Hébert tient les preuves dont il va pouvoir se servir, triomphant, au procès. En entendant ces accusations, Marie-Antoinette ne bronchera pas et aura ces mots célèbres :

« Il est bien aisé de faire dire à un enfant de 8 ans tout ce que l’on veut ! »

Pour mieux comprendre la personnalité du garçonnet, il est intéressant de mettre ces accusations d’inceste en perspective avec le contenu d’une lettre de Marie-Antoinette datant de 1789, adressée à Mme de Tourzel, la future gouvernante du petit garçon. La reine y explique que le dauphin « répète aisément ce qu’il a entendu dire, et souvent, sans vouloir mentir, il y ajoute ce que son imagination lui a fait voir. C’est son plus grand défaut […]. »

« La marche [du procès] en a été si rapide »

Effectivement, le procès a été expéditif ! Il commence le 14 octobre 1793 et s’achève déjà 2 jours plus tard. C’est un dernier chemin de croix éprouvant pour Marie-Antoinette. On ne lui laisse que peu de répit, une preuve de plus, s’il en faut, qu’on est face à un simulacre de justice et que l’issue fatale est pliée d’avance. La première séance commence le 14 à 9 h et dure jusqu’à 15 h, puis l’audience est suspendue. Elle reprend à 17 h et se termine, pour ce premier jour, à 23 h. Le lendemain, si la durée de la séance du matin est identique à celle de la veille, la seconde et dernière partie est beaucoup plus longue puisqu’elle ne prend fin qu’aux environs de 4 h du matin, avec une courte pause d’une heure pour la délibération ! C’est donc un marathon de 28 h qu’on fait endurer à la reine. Il se termine avec l’énoncé de la sentence de peine de mort qu’écoute, impassible, Marie-Antoinette.

« Elle ne donna pas le moindre signe, ni de crainte, ni d’indignation, ni de faiblesse : elle fut comme anéantie par la surprise. Elle descendit les gradins, sans proférer aucune parole, ni faire aucun geste, traversa la salle, comme sans rien voir ni rien entendre : et lorsqu’elle fut arrivée devant la barrière où était le peuple, elle releva la tête avec majesté. », Claude-François Chauveau-Lagarde, avocat de Marie-Antoinette.

Dessin de Pierre Bouillon intitulé le Jugement de Marie-Antoinette 14 octobre 1793
Le jugement de Marie-Antoinette, dessin de Pierre Bouillon, conservé au musée Carnavalet (Paris).

 

« Ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion »

Ici, la recontextualisation historique est nécessaire. En 1790, l’Assemblée constituante adopte la Constitution civile du Clergé, qui fait perdre à l’Église son autonomie et bouleverse la hiérarchie ecclésiastique. Les desservants reçoivent désormais un salaire de l’État et doivent prêter serment à la Constitution. Certains acceptent (les « jureurs »), d’autres refusent (les « réfractaires »). Marie-Antoinette écrit un peu plus loin que si l’un de ces prêtres jureurs venait pour la confesser : « je ne lui dirai pas un mot et […] je le traiterai comme un être absolument étranger. » Elle refusera en effet les services de l’abbé Girard.

Si tout au long de sa vie, Marie-Antoinette n’a pas fait preuve d’une grande assiduité dans sa pratique religieuse, les mois passés aux côtés de sa belle-sœur, les épreuves traversées et l’issue fatale qui se profilait pour elle l’ont indiscutablement rapprochée de Dieu. La lettre est remplie de vocabulaire religieux : « sacrifié, bénédiction, consolation spirituelle, pardon à Dieu, bonté (x2), mon âme, miséricorde, pardon, je pardonne, devoirs spirituels. ». C’est d’ailleurs la dimension chrétienne de la lettre qui fait qu’elle transpire la sérénité et la paix.

« J’avais des amis, l’idée d’en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j’emporte en mourant, qu’ils sachent, du moins, que jusqu’à mon dernier moment, j’ai pensé à eux  »

Marie-Antoinette termine sa lettre d’adieu par une pensée pour ses amis, dont elle doit maintenant se séparer pour toujours à contrecœur. La peine que sa mort va provoquer à ses proches l’attriste. Comment ne pas penser à Fersen en lisant cette phrase ? Elle ne l’a pas revu depuis la nuit du 13 au 14 février 1792. Pour autant, il ne fait aucun doute que le beau comte suédois continue d’habiter ses pensées. Réfugié à Bruxelles, Fersen de son côté tremble aussi pour la reine, dont il n’a plus de nouvelles depuis des mois. Pour en parler, je cite ici Stefan Sweig (Marie-Antoinette), dont le style d’écriture est magistral :

« Et – merveilleuse télépathie du sentiment ! – comme si Fersen se rendait compte de ce besoin qu’elle éprouve d’être avec lui à la dernière heure de sa vie, comme s’il répondait à un appel magique, son journal mentionne au reçu de la nouvelle tragique (le 20 octobre 1793, NDLR) : « que c’était sa plus grande douleur, au milieu de toutes ses peines, de penser que dans les derniers instants elle était seule, sans la consolation d’avoir quelqu’un auprès d’elle, avec qui elle aurait pu parler. » Séparées par des centaines de lieues, invisibles et inaccessibles l’une à l’autre, leurs âmes, au même moment communient dans un même désir ; dans l’espace insaisissable, au-delà du temps, leurs pensées se rencontrent comme les lèvres dans le baiser. »

Portrait d'Axel de Fersen vers 1800, le grand amour de Marie-Antoinette.
Portrait d’Axel de Fersen vers 1800, de Karl Frederik von Breda. Conservé au château de Löfstad (Suède).

 

Dernière lettre de Marie-Antoinette : qu’est-elle devenue après l’exécution de la reine ?

Que devient le testament de Marie-Antoinette après qu’elle le remet à son geôlier ? Celui-ci, craignant sans doute pour sa propre tête le confie à Fouquier-Tinville, l’accusateur public du Tribunal révolutionnaire, qui y appose sa signature. Trois conventionnels le signent également. Ensuite, il est probable que la lettre ait fini sur le bureau de Robespierre, nul ne sait vraiment. Après la chute de ce dernier en 1794, du tri est effectué dans les papiers du Tribunal révolutionnaire et un certain Courtois, montagnard et proche de Danton, tombe sur le précieux document. Percevant son intérêt, il le conserve en attendant le moment où il pourrait s’en servir. Ce jour arrive lorsque Louis XVIII reprend le trône de France. En 1816, Courtois se fait connaître et espère ainsi échapper à l’exil promis aux régicides. C’est raté pour lui – il est exilé –, mais la lettre devient dès lors un document politique. Le nouveau monarque décide de la publier et demande à ce qu’elle soit lue dans les églises tous les 16 octobre, date anniversaire de la mort de la reine.

 

Marie-Antoinette n’a sans doute pas dormi la nuit du 15 au 16 octobre 1793. À 7 h, la servante Rosalie Lamorlière pénètre dans le cachot et la trouve allongée sur son lit, regardant la fenêtre donnant sur la cour des femmes. Puis c’est la valse des visiteurs : d’abord un prêtre pour la confesser, un guichetier, le greffier audiencier du tribunal qui lui relit la sentence (« cette lecture est inutile, je ne connais que trop cette sentence » rétorquera Marie-Antoinette), puis enfin, le bourreau Sanson. À 10 h 30, elle franchit les grilles du greffe et monte dans la vulgaire charrette qui la conduit, elle, l’ancienne reine de France, à l’échafaud. À 12 h 15 tout est fini.

Qu’est-il advenu du corps de la reine après son exécution et où repose-t-il ? Réponse dans mon article Où a été enterrée Marie-Antoinette !

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Stéphanie

Sources :

De Waresquiel Emmanuel, Les derniers jours de Marie-Antoinette, Paris : Tallandier, 2021, 352 p.
Archives nationales
Chauveau-Lagarde Claude-François, Note historique sur les procès de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, et de Madame Élisabeth de France au Tribunal révolutionnaire [en ligne] (consulté le 15/09/22)

 

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