Marie-Antoinette et Fersen : une divine idylle qui tourne au tragique

Marie-Antoinette et Fersen : De divine à tragique idylle

Marie-Antoinette et Fersen. Voilà une histoire d’amour qui fait fantasmer. Le comte Hans Axel de Fersen, de son nom complet, vient des froides contrées suédoises. Il acquiert au fil des années une position durable auprès de la reine de France. Et dans son cœur ? Confident, ami ou amant ? Revenons sur cette célèbre idylle qui a fait couler tant d’encre.

Marie-Antoinette et Fersen : la rencontre

Le point de départ de la love story entre Marie-Antoinette et Fersen est ordinairement fixé au 30 janvier 1774. En réalité, ils se sont déjà croisés, car depuis le mois de novembre précédent, le jeune homme assiste régulièrement aux bals de la dauphine à Versailles. Ils ont tous deux 18 ans. Fersen arrive d’Italie et effectue son grand tour, une sorte de tour d’Europe initiatique. Ce soir du 30 janvier, ils se trouvent à l’Opéra de Paris pour un bal masqué. Ils se parlent, se charment pendant quelques minutes. Lui ne sait pas qui se cache derrière le masque. Elle, s’amuse de la situation. Les choses s’arrêtent là. Par la suite, Fersen continue d’assister aux fêtes de la dauphine, puis il quitte la France pour l’Angleterre en mai 1774.

Axel de Fersen en 1769
Axel de Fersen âgé de 14 ans. Pastel de Gustaf Lundberg (1769), Östergötlands museum, Suède.

Une histoire d’amour en pointillés

25 août 1778. Le comte de Creutz, ambassadeur de Suède à Paris présente à la reine enceinte de 5 mois un compatriote, Axel de Fersen. Elle a ces mots célèbres (qui font partie de mon article sur les phrases cultes de Marie-Antoinette) :

« Ah ! C’est une ancienne connaissance ! »

Le Suédois a désormais les faveurs de la jeune femme et passe beaucoup de temps à Versailles. « Elle est la plus jolie et la plus aimable princesse que je connaisse », écrit-il. Mais leur attirance se voit, et ça commence à jaser. En 1780, pour couper court aux rumeurs, Fersen s’engage dans la guerre d’indépendance d’Amérique auprès du lieutenant Rochambeau.

Il rentre en 1783. Désormais, il est bien décidé à faire carrière en France et sollicite l’appui de la reine pour acheter le régiment du Royal-Suédois, basé près de Valenciennes. Les deux amants vont enfin pouvoir vivre leur idylle secrète. Pas tout à fait, car c’est sans compter les deux éléments perturbateurs que sont le roi de Suède – Gustave III – et le père de Fersen. Le premier rappelle à plusieurs reprises le comte pour l’accompagner en Italie ou en Finlande, le contraignant à s’absenter à chaque fois pour de longs mois. Le second aimerait voir son fils plus souvent dans son pays et surtout, le voir se marier ! Alors Fersen fait mollement la cour à ses prétendantes et ment à son père pour qu’il ne sache pas où il se trouve. À sa sœur Sophie, cependant, il confie : « Je ne puis pas être à la seule personne à qui je voudrais être, à la seule qui m’aime véritablement, ainsi je ne veux être à personne. »

Ses allées et venues à Versailles sont fréquentes. Il dispose même de deux petites pièces dans les cabinets intérieurs de la reine, qu’il désigne dans son journal comme son logement « d’en haut ». Longtemps, les historiens ont réfuté cette thèse tant elle semblait inconcevable (la reine de France logerait son amant à Versailles ? Impossible !). Mais la découverte aux Archives nationales d’une note attestant de travaux d’installation d’un poêle suédois ne laisse plus de place au doute. Le 8 octobre 1787, Fersen note dans son registre : « qu’elle fasse faire une niche au poêle ». Le 10 octobre, l’inspecteur Loiseleur rend compte dans la fameuse note « que la reine a envoyé chercher le poêlier suédois qui a fait des poêles à l’appartement de Madame [la comtesse de Provence, NDLR], que Sa Majesté lui a ordonné d’en faire un dans un de ses cabinets intérieurs […]. » CQFD.

Mais n’allez pas croire que Marie-Antoinette et Fersen batifolaient dans les herbes comme dans le Marie-Antoinette de Coppola. Personne ne sait aujourd’hui encore si cette histoire d’amour a été consommée ou pas. Voilà au moins une chose qui leur appartient !

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La correspondance secrète de Marie-Antoinette avec le comte de Fersen

Quand Fersen n’est pas à Versailles, il écrit à Marie-Antoinette. Tous deux échangent une abondante correspondance de 1783 à 1792. La plupart de ces lettres sont perdues. Il n’en reste que 68, conservées aux archives. Mais grâce à un registre que le comte suédois a tenu de 1783 à sa mort, l’historienne Evelyn Farr a pu estimer qu’ils se seraient envoyé 578 missives, soit environ 5 lettres par mois ! Dans son journal, il indique rarement qu’il écrit à la reine de France. En revanche, il entretient une correspondance épistolaire fournie avec une certaine Joséphine. Joséphine ? Le nom de code de Marie-Antoinette, dont le 3e prénom est… (devinez)… Josèphe !

Dès 1787, les amoureux prennent leurs précautions pour ne pas risquer d’être démasqués. Les événements de l’histoire de France les rattrapant et leurs échanges prenant dès lors une tournure politique, cette mesure de prudence s’avère essentielle. Ils utilisent de l’encre sympathique (jus de citron, eau d’apothicaire) ou un code polyalphabétique. Le déchiffrement des messages est fastidieux. Tous deux se plaignent de la fatigue que le décryptage entraîne, à plus forte raison quand les correspondances se feront intenses, à partir de la résidence forcée de la famille royale aux Tuileries.

Table polyalphaétique utilisée par Marie-Antoinette et Fersen pour chiffrer leur correspondance
Table du chiffre polyalphabétique utilisée par Fersen et Marie-Antoinette dans leurs lettres entre 1791 et 1792.

 

Alors que disent ces lettres de Marie-Antoinette et Fersen ? Celles qui nous sont parvenues datant de 1791-1792, elles sont principalement politiques. Mais certains passages ont été biffés par un descendant du comte, le baron de Klinckowström, jusqu’à les rendre illisibles, ce qui n’a pas manqué d’éveiller les soupçons. Grâce aux moyens modernes, les écritures masquées ont pu être révélées. Elles ne laissent plus de place au doute sur la nature des sentiments des deux jeunes gens.

Extrait d'une lettre de Marie-Antoinette en partie caviardée, qui masque des mots doux
Détail d’un paragraphe caviardé d’une lettre de Marie-Antoinette à Fersen datée du 4 janvier 1792, conservée aux Archives nationales sous la cote 440 AP/1/14.

 

« Je vais finire [sic] non pas sans vous dire mon cher et bien tendre ami, que je vous aime à la folie et que jamais, jamais je ne peux être un moment sans vous adorer. »

Le rôle politique de Fersen, l’amant de Marie-Antoinette

Fersen était, certes, l’amant de Marie-Antoinette, mais saviez-vous qu’il exerçait un rôle politique majeur auprès du tandem royal ? À mesure que la Révolution française progresse, Louis XVI, en proie à une dépression depuis plusieurs années, se mue dans le silence et la passivité, obligeant sa femme à s’immiscer en politique. Elle est épaulée par Fersen, qui devient le conseiller occulte du couple. Il prend ainsi une part active dans les préparatifs de la fuite de la famille royale. Il s’occupe de la logistique (faux passeports, berline) et s’endette pour régler tous les détails de l’évasion. Déguisé en cocher, il conduit les fugitifs jusqu’au relais de Bondy, où le roi le somme de les quitter. Le cœur gros, il laisse l’équipage s’en aller vers sa destinée.

Par la suite, il ne cesse de négocier avec les puissances étrangères. Il souhaite obtenir d’elles une intervention pour secourir les monarques, dont la résidence surveillée aux Tuileries s’est durcie après Varennes. Il correspond abondamment avec la reine à qui il envoie des mémoires de géopolitique, qui lui permettent ensuite d’argumenter auprès de son époux, Louis XVI.

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Marie-Antoinette et Fersen, une même destinée tragique

Tout le monde connaît la triste destinée de la reine Marie-Antoinette, morte guillotinée le 16 octobre 1793. Mais qu’est devenu son chevalier servant ? Combien de temps lui a-t-il survécu ? Comment est mort Axel de Fersen ? En apprenant, le 20 octobre, la terrible nouvelle de la décapitation de sa dulcinée, il est dévasté. Il se trouve alors à Bruxelles. Le 24 novembre, il confie à sa sœur Sophie : « Sa perte est pour moi le chagrin de toute ma vie et mes regrets ne me quitteront qu’avec elle. » Il se lance dans une quête désespérée de souvenirs et reliques de la reine, qu’il fait acheminer depuis Paris. En janvier 1794, comme parvenu d’outre-tombe, un fragment de lettre de Marie-Antoinette lui arrive par l’intermédiaire du chevalier de Jarjayes, accompagné d’un morceau de carte portant l’inscription : Tutto a te mi guida (tout me conduit vers toi). Ce billet, daté d’avril 1793 et adressé au chevalier, dit :

« Quand vous serez en lieu de sûreté, je voudrais bien que vous puissiez donner de mes nouvelles à mon grand ami, qui est venu l’année dernière me voir. […] Je n’ose pas écrire mais voilà l’empreinte de ma devise. Mandez en l’envoyant que la personne à qui elle appartient sent [sic] que jamais elle n’a été plus vraie. »

À la mort de son père, Fersen rentre dans son pays. Farouche conservateur attaché aux valeurs de l’ancien régime, il n’est plus en phase avec son époque. À Stockholm, il est détesté. Quand le successeur du trône de Suède décède, il est accusé de l’avoir empoisonné. Alors que ses proches le lui avaient fortement déconseillé, il décide de se rendre aux funérailles. Une foule en furie l’extirpe de son carrosse et le lynche. Fersen meurt sous une pluie de coups. On est le 20 juin 1810. Un 20 juin, jour anniversaire l’invasion des Tuileries (1792), et surtout, de la fuite vers Montmédy un an plus tôt (1791). Cette date, le comte suédois n’aura eu de cesse de l’évoquer, regrettant amèrement d’avoir écouté les ordres de Louis XVI et abandonné la famille royale à son triste sort cette nuit d’évasion risquée.

« Ah que ne suis-je pas mort pour Elle le 20 juin ! » ne cessera-t-il de répéter dans son journal.

Le destin aura finalement exaucé son souhait…

🌹 Encore un peu de lecture ? Je vous propose de vous replonger dans la vie mouvementée de la dernière reine de France avec cette biographie courte de Marie-Antoinette.

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Stéphanie

Sources :

– Aristide-Hastir Isabelle , Marie-Antoinette et Fersen, la correspondance secrète, Paris : Michel Lafon, 2021, 280 p.
– Farr Evelyn, Marie-Antoinette et le comte de Fersen – La correspondance secrète, Paris : L’Archipel, 2016, 416 p.
– Bertière Simone, Marie-Antoinette l’insoumise, Paris : Librairie générale française, 2003, 926 p.
– Delalex Hélène, Marie-Antoinette, La légèreté et la constance, Paris : Perrin, 2021, 312 p.

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Qui suis-je ?

Je suis Stéphanie Soulier. J’ai craqué pour Marie-Antoinette après avoir vu un docufiction sur Arte. Depuis… j’ai décidé de lui consacrer un blog. En savoir plus sur ma démarche.

Stéphanie Soulier du site Passion Marie-Antoinette
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