Louis XVI et Marie-Antoinette : la complexité d’un couple royal

En me renseignant sur Louis XVI et Marie-Antoinette, j’ai découvert l’histoire de deux âmes qui se sont loupées. Union tuée dans l’œuf ou victime de l’effet papillon, le couple du roi de France et de Navarre avec « L’Autrichienne » est compliqué et continue d’intriguer. Tantôt à l’un, tantôt à l’autre, on ne sait à qui imputer la faute de cet insuccès. Pourtant, les prémisses de cet échec royal auront débuté bien avant le mariage du dauphin et de la dauphine. En sont-ils responsables ? La réponse s’avère ardue, en témoignent les ficelles tirées dans l’ombre par les protagonistes de l’époque. En effet, Marie-Thérèse de Habsbourg, la mère de l’archiduchesse autrichienne ; Louis XV, le grand-père de Louis-Auguste, et bien d’autres ont participé à ce désastre. Mais alors comment comprendre la relation qui unissait ceux que l’on surnommera « Louis le Dernier » et « Mme Veto » ? Retour sur la complexité du dernier couple royal de Versailles.

Note : cet article sur Louis XVI et Marie-Antoinette a été rédigé par Emmeline Argentel, rédactrice web SEO de talent. J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à le lire. Bonne lecture !

Le mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette orchestré de longue date

L’enjeu majeur de la réunification franco-autrichienne

Alors que l’Autriche et la France connaissent un long passé de guerre, elles signent la révolution diplomatique de 1756 et deviennent alliées. Le fruit de ce long travail revient au chancelier Wenzel Anton von Kaunitz-Rietberg, proche conseiller de Marie-Thérèse de Habsbourg, la mère de Marie-Antoinette. Cette dernière, afin de sceller la réconciliation, propose à Louis XV une union entre son petit-fils, Louis-Auguste de France et sa fille.

Ils se marient ainsi le 16 mai 1770 à la chapelle royale de Versailles. La princesse, 14 ans, n’a eu ses premières règles que peu de temps avant la cérémonie. Le dauphin, quant à lui, est âgé de 15 ans et commence à peine à développer un corps d’homme. Simone Bertière, biographe de la reine, écrit dans Marie-Antoinette l’insoumise : « Cependant, entre les premières manifestations de virilité et l’aptitude à consommer un mariage avec une fille intacte, il y avait un fossé, sur lequel on se décida de fermer les yeux. […] On refusa de voir que tous deux étaient encore des enfants et on les traita en adultes. Pour des motifs politiques. »

Photographie de la princesse Marie-Antoinette d’Autriche âgée de 12 ans, de la tête à la taille, en robe.
« Portrait de l’archiduchesse Marie-Antoinette ». Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France, photographie, 1761.

 

Portrait peint et de forme ovale du dauphin Louis-Auguste âgé de 15 ans.
« Portrait en buste du duc de Berry, futur Louis XVI, à l’âge de 15 ans ». Source : musée du Louvre, département des peintures.

Une incompatibilité flagrante de caractères entre Louis-Auguste et l’archiduchesse

Dès leur rencontre, les choses commencent mal. Durant le trajet vers son époux, Marie-Antoinette inquiète son éducateur et serviteur, l’abbé de Vermond. La jeune fille se questionne sur son mari et ce qu’on lui a raconté à son sujet. Malheureusement, l’un comme l’autre sont très différents et surtout, elle est têtue. « Comme elle n’aime pas à revenir sur une idée une fois ancrée dans sa tête, elle ne cherche en lui, quand elle le découvre, que la confirmation de ses préventions. Elle ne voit ni sa modestie, ni sa douceur, rien que son air gauche, son manque de prestance qu’elle tient pour rustrerie, son mutisme qu’elle prend pour sottise. Entre eux, il est vrai, les incompatibilités sont flagrantes. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Comment imaginer alors un amour naissant entre ces deux personnages ? Figures vivantes de l’entente franco-autrichienne, les futurs roi et reine de France sont déjà bien mal assortis. Leur union scellée devant Dieu, il reste encore des étapes à franchir, à commencer par la consommation du mariage.

Union devant Dieu du futur Louis XVI et de la princesse Marie-Antoinette.
« Mariage du dauphin Louis-Auguste de France avec l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche le 16 mai 1770, dans la chapelle de Versailles. » Source : gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France, estampe, 1770.

L’intimité de Marie-Antoinette et Louis XVI sous haute surveillance

Une sexualité mise de côté dans l’éducation du jeune Louis et de la princesse d’Autriche

Si les jeunes mariés sont aux antipodes l’un de l’autre, ils se rejoignent pourtant sur un point : ils ont peur. « On les a habitués à considérer comme domaine interdit tout ce qui touchait à leur sexe et, tout d’un coup, sans préparation, on les invite à s’en servir. Pas facile ! » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) En effet, chacun a reçu une éducation très puritaine. Du côté autrichien, il s’agit de garder la jeune fille éloignée de tous les vices supposés par sa mère à la cour de Versailles. En France, le futur roi Louis XVI à la lourde tâche de racheter l’image sulfureuse de son grand-père, Louis XV.

👉 À lire aussi : Marie-Antoinette jeune : sa frimousse, son caractère, son éducation.

La jeune mariée redoute ainsi sa nuit de noces. À l’époque, « L’instruction sexuelle qu’on donne aux princes est brutale […] C’est en conquérants qu’ils abordent un lit conjugal où les attend une inconnue. Ils y triomphent sans gloire, puisque le consentement leur est acquis. Pas de préliminaires superflus donc, puisque la place est rendue d’avance. Ils ont un devoir à remplir, il leur faut procréer au plus vite. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Entre sa personnalité introvertie, son aversion pour le vice et le jeune âge de son épouse, le dauphin ne sera pas un conquérant cette nuit-là. Plus précisément, il ne se passera rien. Par ailleurs, la curiosité de la cour est oppressante. Certains payent pour observer les draps du couple, une présence ou l’absence de sang témoignant de la défloration de la jeune fille.

Les ébats du couple royal sans cesse épiés

Épiés du matin jusqu’au soir, celle que l’on appelle « L’Autrichienne » et Louis-Auguste font parler. Ils font chambre à part et ce dernier s’installe à l’autre bout du château. Elle s’amuse beaucoup et sort la nuit, ce qui ne favorise pas les rapprochements conjugaux.

En réalité, le futur roi aime la solitude. « Vivre en public lui pesait. Tôt levé le matin, vers sept ou huit heures, il avalait son petit déjeuner et s’évadait pour une excursion dans les combles du château. […] Pourquoi se plaisait-il tant là-haut ? lui demanda-t-on. Parce que c’était l’unique endroit où il pouvait se promener seul. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) Marie-Antoinette n’apprécie pas non plus d’être constamment surveillée. Elle fera même installer plus tard, au Petit Trianon de Versailles, des miroirs montants ou descendants devant ses fenêtres, pour ne pas être vue de l’extérieur.

Mais la procréation est une nécessité. Le dauphin est momentanément rendu responsable de leurs difficultés sous la couette, un médecin assiste ainsi à leurs ébats, mais ne lui trouve rien. Cet empressement incessant de chacun n’aide pas le couple. « De la défloration à la pénétration complète, il y eut tout un itinéraire à parcourir, ponctué par les gémissements et les dérobades de Marie-Antoinette, à qui la chose était au moins aussi douloureuse qu’à son époux. L’avènement a entraîné une recrudescence d’efforts chez Louis XVI, qui a fait preuve, selon Mercy, de “volonté” et de “pouvoir”. Mais il n’a réussi qu’à dresser contre lui sa femme, plus écœurée que jamais du devoir conjugal et qui ne songe désormais qu’à le fuir. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) Sept années leur seront nécessaires pour enfin consommer leur union, durant lesquelles ils ne feront que s’éloigner.

Les nouvelles relations, desquelles Marie-Antoinette s’entoure, alimentent les ragots. On lui prête ainsi une réputation décadente qui se traduit par de vives critiques, notamment dans les pamphlets. « Il est inouï combien la Reine chercha et trouva d’aventures, hommes et femmes elle essaya de tout. » écrivait Charles-Joseph de Mayer en 1793, auteur de Vie de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, femme de Louis XVI, roi des Français. À cette époque, personne n’est épargné par la calomnie, pas même la cour ou le roi. Si l’on prétend que la reine le trompe régulièrement, même avec ses amies, Louis XVI lui fait confiance et ne s’en offusque pas.

Marie-Antoinette et le duc de Coigny en pleins ébats dans une loge de l’Opéra.
« Représentation libertine de Marie-Antoinette en pleins ébats avec le duc de Coigny lors d’un bal à l’Opéra. » Source : Vie de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, femme de Louis XVI, roi des Français. Vol. 1 / ; depuis la perte de son pucelage jusqu’au premier mai 1791, ornée de vingt-six figures, et augmentée d’une troisième partie par Charles-Joseph de Mayer. Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France.

Un mépris non dissimulé de la reine envers le roi de France et de Navarre

L’impact néfaste de l’entourage de Marie-Antoinette sur ses relations avec Louis XVI

Pour comprendre le ressentiment de l’archiduchesse envers son époux, il faut remonter au temps où elle était encore à Vienne. En effet, si l’Autriche veut s’allier à la France, elle n’en reste pas moins méfiante. Ainsi, la princesse est sommée par Marie-Thérèse de lui envoyer chaque début de mois une lettre dans laquelle elle raconte tout de sa vie à Versailles. En revanche, au roi Louis XV ainsi qu’à son petit-fils, elle peut dissimuler ce qu’elle souhaite. « Enfin, plus grave que tout, on lui apprend à mépriser le dauphin son mari. L’ambassadeur la pousse à tout faire pour le soumettre à sa volonté. Il lui répète que si elle parvient à le dominer, tâche très facile selon lui, elle gouvernera un jour la France à sa place. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) On comprend aisément, dès lors, la relation qu’entretenait Marie-Antoinette avec Louis XVI. Il semblerait que les dés aient été jetés dès le départ et que la personnalité timide et réservée du dauphin n’ait fait qu’accentuer le dédain de sa femme à son égard.

Estampe des portraits en buste et de formes ovales de Marie-Antoinette et de Louis XVI se faisant face.
« Portraits en buste de la reine Marie-Antoinette et du roi Louis XVI ». Source : gallica.bnf.fr/ Bibliothèque nationale de France, estampe, 1770.

Une dynamique inversée dans le rapport à l’homme

Marie-Antoinette et Louis XVI se côtoient peu, il chasse beaucoup et elle se crée, de son côté, une cour à la cour. Elle dépense énormément aux jeux et le roi rembourse ses dettes. « Marie-Antoinette a toujours mesuré l’amour de son époux à sa docilité : “Il m’aime et fait tout ce que je veux”, écrivait-elle naïvement après un an de mariage. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Dans leur couple, la dynamique est inversée. L’homme qui fait normalement figure d’autorité à cette époque est ici en position passive. Dès leurs débuts, la dauphine méprise le dauphin sans se cacher. « Marie-Antoinette s’est toujours crue infiniment supérieure à son mari […] elle le traitait avec une condescendance appuyée, comme un sauvage qu’elle aurait dû initier aux bonnes manières et à la lecture ! […] Il n’était plus que le “pauvre homme”, qu’on pouvait berner et moquer impunément. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Si tout ceci n’est pas au goût de Marie-Thérèse qui perçoit là un danger pour sa fille, elle reste cependant l’instigatrice de cette domination. En effet, Marie-Antoinette a grandi avec le modèle féminin de l’impératrice, cette souveraine visionnaire, qui dicte et se fait obéir. Cette dernière n’avait pourtant pas ce souhait pour sa fille. Le 4 mai 1770, elle lui écrit dans une lettre :

« Du dauphin je ne vous dis rien ; la femme est soumise en tout à son mari et ne doit avoir aucune occupation que de lui plaire et de faire ses volontés. Le seul vrai bonheur dans ce monde est un heureux mariage ; j’en peux parler. »

Un sentiment nouveau s’immisce au sein du royal couple

La naissance de « Mousseline »

L’arrivée tant attendue du premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Marie-Thérèse, ouvre la porte à de nouveaux liens au sein du couple. Désormais parents, ils développent pour leur enfant un amour commun. Le roi est heureux et « ne quittait son chevet que pour aller admirer sa fille, devant qui il fondait de tendresse. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Les enfants suivants rapprochent de plus belle l’archiduchesse et son époux. « Ils créent entre elle et son mari un lien très fort, distinct de l’amour, dont ils éprouveront l’intensité lorsqu’ils lutteront ensemble pour les protéger. […] On peut regretter qu’ils aient attendu si longtemps pour se rencontrer enfin dans un sentiment partagé. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) Si depuis l’arrivée de la princesse autrichienne à Versailles, les relations étaient difficiles, le roi et la reine se retrouvent finalement à travers la parentalité. Dès lors, c’est unis qu’ils traversent les épreuves, à commencer par la mort de leur fils Louis-Joseph en juin 1789.

La lourde peine du Temple

La perte du petit dauphin plonge Louis XVI et Marie-Antoinette dans le chagrin. S’ensuit pour eux une période noire. Des politiques au peuple, plus rien ne va. Le 14 juillet 1789 sonne la prise de la Bastille. Tout s’effondre rapidement autour de la famille royale et, en quelques années seulement, la monarchie est renversée. On les fait prisonniers au Temple en août 1792. Louis XVI finit par être séparé des siens et, à propos de son épouse, « se désole auprès de Malesherbes d’avoir manqué à son contrat en l’entraînant dans un pareil désastre […] Comme pour compenser, il multiplie pour elle les attentions. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Du côté de la reine, « la véhémence de ses protestations, la violence de son chagrin montrent qu’il lui est devenu indispensable. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.) Elle n’est pas amoureuse, mais l’amour est bien là. C’est celui d’une femme pour son mari protecteur. Celui d’un couple faisant front dans la tourmente. Il la rassure, elle voit en lui l’image de son père qu’elle aimait beaucoup. Le roi est désormais important à ses yeux, au point où il devient « un modèle, au même titre que sa mère : c’est de lui, autant que d’elle, qu’elle se réclamera au moment de mourir. » (Extrait de Marie-Antoinette l’insoumise.)

Croquis de Louis XVI faisant ses adieux, sous les yeux de deux gardes, à Marie-Antoinette et à ses enfants la veille de son exécution.
« Le roi Louis XVI embrassant la reine Marie-Antoinette pour la dernière fois et faisant ses adieux à ses enfants sous les yeux des gardes. » Source : Marie-Antoinette l’insoumise, Simone Bertière, 1798.

Ainsi, les liens qu’entretenaient Louis XVI et Marie-Antoinette sont complexes. Tout opposait déjà à la naissance ces enfants, héritiers d’une longue histoire entre deux pays ennemis. Malgré leurs torts, on ne peut leur imputer l’entière responsabilité de leur échec conjugal. Éducations pieuses, pression de la cour, transmissions intergénérationnelles. Autant de faits qui les auront menés jusqu’à leur perte. Ils se rapprocheront malgré tout, entourés de leurs enfants. Ils resteront ainsi unis dans la mort, quand leur histoire s’achèvera bien des années plus tard. S’il existe une infinité d’amours, Louis XVI et Marie-Antoinette auront fini par trouver celui qui leur ressemble, à défaut de celui qu’on leur impose.

👉 Envie d’aller plus loin ? Lisez cet article sur l’histoire de Marie-Antoinette.

Emmeline Argentel, pour Passion Marie-Antoinette

Sources :

– Bertière Simone, Marie-Antoinette l’insoumise, Paris : Éditions de Fallois, 2002, 735 p.

– Charles-Joseph de Mayer, Vie de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, femme de Louis XVI, roi des Français. Vol. 1 / ; depuis la perte de son pucelage jusqu’au premier mai 1791, ornée de vingt-six figures, et augmentée d’une troisième partie (1793). Consulté en ligne le 20/11/2023.

– William J. McGill, Le Journal d’Histoire Moderne, Vol. 43, n°2 (juin 1971), pp. 228-244 : « The Roots of Policy : Kaunitz in Vienna and Versailles, 1749-1753 ». Consulté en ligne le 22/11/2023.

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Qui suis-je ?

Je suis Stéphanie Soulier. J’ai craqué pour Marie-Antoinette après avoir vu un docufiction sur Arte. Depuis… j’ai décidé de lui consacrer un blog. En savoir plus sur ma démarche.

Stéphanie Soulier du site Passion Marie-Antoinette
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