Marie-Antoinette de Sofia Coppola : 7 erreurs historiques présentes dans le biopic

Marie-Antoinette de Sofia Coppola : Le jeu des 7 erreurs historiques

Vous avez vu le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola sorti en 2006 ? Par pitié, ne prenez pas l’histoire de ce biopic pour argent comptant ! La réalisatrice dit elle-même que son ambition n’était pas de coller à la vérité historique. « Les historiens me tomberont sans doute dessus », avouait-elle d’ailleurs dès le tournage, en 2005. Bourré d’anachronismes, le long-métrage comporte aussi de nombreuses erreurs, dont certaines très grossières. J’en ai choisi 7 pour cet article, mais il y en a d’autres ! Dommage, car Évelyne Lever avait pourtant été associée au projet en amont de l’écriture du scénario et fut même nommée consultante ! « Une consultante jamais consultée », confiera-t-elle plus tard au Figaro.

Marie-Antoinette par Coppola, le jeu des 7 erreurs historiques : action !

« Je ne suis pas partie en quête d’une vérité historique. », Sofia Coppola (conférence de presse au Crillon, fin avril 2006)

1. Marie-Antoinette débarrassée de ses effets autrichiens à son arrivée en France

🎬 Vu dans le film : La scène se déroule sur l’île des Épis, entre Kehl et Strasbourg, dans le pavillon conçu pour la cérémonie de remise de l’épouse. La comtesse de Noailles, dame d’honneur, explique à la dauphine : « La coutume veut que la fiancée ne conserve rien de ce qui appartenait à une cour étrangère. Il n’a jamais été dérogé à cette règle ». On voit alors la jeune fille se faire rhabiller de la tête aux pieds avec des vêtements et bijoux que l’on imagine 100 % made in France.

👀 La réalité : Le mythe de Marie-Antoinette nue est un des nombreux clichés la concernant. Si la coutume en question a bien existé, l’archiduchesse n’y a pas été soumise. Au Moyen-Âge, cette tradition visait d’abord à s’assurer que la future épouse ne cachait aucune malformation : celle-ci était alors mise à nu et scrutée sous toutes les coutures. Ce rituel dégradant fut ensuite humanisé. On lui ôtait ses vêtements et bijoux pour la doter d’effets provenant du pays d’accueil. Par la suite, cette pratique fut encore allégée et l’on ne rhabillait la fiancée que si ses vêtements détonnaient vis-à-vis de la mode du pays hôte. Pour Marie-Antoinette, il n’y eut pas de problème : Vienne était au diapason de Paris. La dauphine conserva donc ses effets et revêtit la robe de cérémonie prévue dans son trousseau.

2. Un problème de taille avec Louis XVI dans le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola

🎬 Vu dans le film : Jason Schwartzman, l’acteur jouant le rôle de Louis XVI mesure 1 m 68. À côté d’une Kirsten Dunst mesurant 1 m 70, il semble plutôt petit. Or, c’était tout le contraire…

👀 La réalité : Les témoins de l’époque sont unanimes sur le fait que Louis XVI était très grand. Difficile d’annoncer un chiffre précis, mais les historiens avancent généralement une taille comprise dans une fourchette de 1 m 90 à 1 m 93 !

3. Le feu d’artifice du mariage de Louis XVI et Marie-Antoinette… tiré trop tôt dans le biopic

🎬 Vu dans le film : Le soir du mariage, après le bal, un feu d’artifice grandiose est tiré dans les jardins de Versailles.

👀 La réalité : En ce jour de noces du 16 mai 1770, le temps, qui était superbe le matin, se gâte dans l’après-midi. Bientôt, il pleut à verse. Le feu d’artifice prévu pour les festivités doit être reporté, car les fusées sont détrempées. Il est finalement tiré le 19 mai, 3 jours après l’union et non le soir même comme dans le film de Sofia Coppola. D’ailleurs, le bal aussi a lieu le 19 mai ; pas le jour du mariage. Ce qui est vrai en revanche, c’est que le spectacle est époustouflant ! Les artificiers sont capables, déjà à l’époque, de prouesses incroyables. Il n’y a qu’à voir ce dessin extrait d’un recueil conservé à la Bibliothèque municipale de Versailles.

 

Projet de feu d'artifice prévu pour le mariage du comte de Provence le 15 mai 1771
Planche du feu d’artifice tiré pour le mariage du comte de Provence (futur Louis XVIII) avec Marie-Joséphine de Savoie, le 15 mai 1771. Bibliothèque municipale de Versailles.

 

4. Le duc d’Angoulême, fils du comte de Provence : ah bon ?

🎬 Vu dans le film : La comtesse de Noailles interrompt brusquement un repas de Louis XVI et de Marie-Antoinette pour les conduire au chevet de la comtesse de Provence, qui vient d’accoucher. Le roi pénètre dans la chambre et s’exclame : « Je veux voir mon neveu, le jeune du duc d’Angoulême ! »

👀 La réalité : Là, nous sommes face à une grossière erreur historique, car le comte de Provence et sa femme Marie-Joséphine de Savoie… n’ont jamais eu d’enfant ! Le duc d’Angoulême, né le 6 août 1775, est le fils du comte d’Artois, dernier frère de Louis XVI (futur Charles X). Les incohérences continuent dans la scène suivante, où l’on assiste à la mort du roi Louis XV. Or celui-ci est décédé le 10 mai 1774, avant donc la naissance du duc d’Angoulême !

5. Les ébats avec Fersen : des scènes d’amour fantasmées pour les besoins du film sur Marie-Antoinette

🎬 Vu dans le film : Après avoir rencontré le beau comte suédois Hans Axel de Fersen au bal de l’Opéra, Marie-Antoinette le revoit à Trianon où ils batifolent joyeusement dans les herbes et dans le lit de la reine. Eh oui, que serait une super-production hollywoodienne sans scènes de sexe !

👀 La réalité : Ils sont bien embêtés, les historiens, sur le sujet de la consommation de la love story entre Marie-Antoinette et Fersen. À vrai dire, personne ne sait vraiment s’ils sont passés à l’acte ou pas. N’oublions pas que nous parlons de la reine de France, personne intouchable qui porte la responsabilité de la lignée dynastique. Ce qui est sûr, c’est que de leur rencontre, le 30 janvier 1774, à leur dernière entrevue la nuit du 13 février 1792, ils se sont vus à de très nombreuses reprises et qu’ils ont entretenu une relation épistolaire soutenue. Leurs lettres en partie caviardées et péniblement déchiffrées aujourd’hui ne laissent pas place au doute sur la nature de leurs sentiments. On dit même que le comte logeait parfois à Versailles au-dessus des appartements de la reine : l’installation d’un poêle suédois a trahi leur secret.

« Je vous aime et vous aimerai toute ma vie à la folie », Fersen à Marie-Antoinette, 29 octobre 1791

6. Un tableau peint par Wertmüller et non Élisabeth Vigée Le Brun

🎬 Vu dans le film : On voit Marie-Antoinette et ses enfants (Marie-Thérèse et Louis Joseph) se faisant portraiturer dans le parc de Trianon. On imagine aisément que l’artiste est Élisabeth Vigée Le Brun, peintre fétiche de la reine et autrice du célèbre tableau Marie-Antoinette à la rose.

👀 La réalité : Le tableau qui a inspiré cette scène n’a pas été peint par Vigée Le Brun, mais par un homme, Adolf Ulrick Wertmüller.

Extrait du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola montrant la reine avec ses enfants posant devant une peintre que l'on imagine être Élisabeth Vigée Le Brun
La scène du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, montrant la reine et ses enfants qui posent pour un tableau peint par une femme (Élisabeth Vigée Le Brun ?).
La reine Marie-Antoinette et ses enfants dans le parc de Trianon par Wertmuller
Le tableau à l’origine de la scène, signé Adolf Ulrick Wertmüller (1785). Musée national de Stockholm.

7. Louis Charles : l’enfant absent du Marie-Antoinette de Coppola

🎬 Vu dans le film : Dans le Marie-Antoinette de Sofia Coppola, la reine a 3 enfants. Une première scène montre la pose, sur un mur, d’un tableau la représentant avec eux 3. Lors de la prise suivante, le portrait est retiré. Lorsqu’il est replacé, l’enfant dans le berceau a disparu, symbolisant ainsi la mort du plus jeune d’entre eux.

Montage des tableaux présentés dans le film de Coppola sur Marie-Antoinette montrant la reine avec ses enfants
Le plus jeune des enfants est décédé : il est retiré du tableau.

 

👀 La réalité : Marie-Antoinette et Louis XVI ont eu 4 enfants, Marie-Thérèse (1778), Louis Joseph (1781), Louis Charles (1785) et Sophie (1786). Cette dernière est décédée en 1787 avant même d’avoir atteint son premier anniversaire. Le dauphin Louis Joseph la suit en 1789, au tout début de la Révolution, emporté par une tuberculose osseuse. Le tableau du film est adapté de celui d’Élisabeth Vigée Le Brun, sur lequel figurent les 3 premiers enfants, ainsi que, à l’origine, l’esquisse de la dernière-née. Après le décès de celle-ci, le crayonné est effacé et c’est désormais un berceau tristement vide que montre du doigt Louis Joseph. Si l’on suit la logique du film, Louis Charles n’a jamais existé (il s’agit pourtant de Louis XVII, qui, le pauvre, subira, avec ses parents et sa sœur, le calvaire de l’emprisonnement au Temple). Pourquoi ce choix de la réalisatrice de gommer l’existence d’un des enfants royaux ? Un mystère et une belle incohérence à la clé pour qui connaît la véritable histoire de Marie-Antoinette

 

Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg, reine de France et ses enfants (Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg, reine de France, et ses enfants) (1787, huile sur toile), Versailles
Marie-Antoinette et ses enfants par Élisabeth Vigée Le Brun, 1787, Versailles.

 

Malgré ces erreurs, j’ai apprécié ce film que j’ai pris pour ce qu’il est : une libre adaptation d’un épisode de l’histoire de France. Si j’ai grimacé à plusieurs reprises devant ces aberrations historiques en visionnant le biopic, je n’ai en revanche pas été dérangée par le traitement moderne de la reine (musique rock, converses…). On ne peut pas en dire autant avec la série Canal + sur Marie-Antoinette, que malgré la meilleure volonté du monde, je n’ai pas réussi à regarder. 🤭

👀 Vous voulez en apprendre plus sur la vie de la dernière reine de France ? Consultez les moments clés de la vie de Marie-Antoinette.

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Stéphanie

Passion Marie-Antoinette : la vraie Vie de la Reine

Les idées reçues sur Marie-Antoinette sont nombreuses. Apprenez à mieux la connaître avec des articles sur son histoire, ses lieux de mémoire et un tas d’anecdotes !
 
Bonne lecture !

Qui suis-je ?

Je suis Stéphanie Soulier. J’ai craqué pour Marie-Antoinette après avoir vu un docufiction sur Arte. Depuis… j’ai décidé de lui consacrer un blog. En savoir plus sur ma démarche.

Stéphanie Soulier du site Passion Marie-Antoinette
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