Passion Marie-Antoinette

Élisabeth Vigée Lebrun biographie

Élisabeth Vigée Lebrun : une biographie haute en couleur

Comment résumer l’existence foisonnante de cette artiste ? Elle nous a laissé des portraits si vivants des personnalités de la fin du XVIIIe siècle ! Le roman de sa vie pourrait s’intituler ainsi : Élisabeth Vigée Lebrun (1755-1842), biographie d’une peintre talentueuse… et ambitieuse ! Très jeune, elle fait preuve d’une maîtrise certaine de la couleur et de la composition. Comment parvient-elle à mettre sa palette au service de Marie-Antoinette ? Qu’advient-il de cette portraitiste, liée à la royauté, quand gronde la Révolution ? Plongez aux côtés de Madame Vigée Lebrun dans les ors de Versailles et les méandres de l’Histoire.

Note : cette biographie d’Élisabeth Vigée-Lebrun a été rédigée par Gersende Delplancq, rédactrice web SEO de talent diplômée d’histoire. J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à le lire. Bonne lecture !

Élisabeth Vigée Lebrun : d’orpheline à peintre fétiche de la reine

1755 : à Paris, une petite fille, Élisabeth, naît le 16 avril. Quelques mois plus tard, le 2 novembre, Marie-Antoinette, future reine de France, voit le jour à Vienne. Chacune à leur manière, ces deux femmes ont marqué leur temps. Leurs destins sont liés bien au-delà de la simple coïncidence des dates !

L’enfance d’une future artiste

Élisabeth est la fille de Jeanne Maissin, coiffeuse d’origine paysanne, et de Louis Vigée, pastelliste. Celui-ci s’adonne déjà à la réalisation de portraits. Sans posséder la touche délicate d’un Quentin de La Tour, il est un membre reconnu de l’Académie de Saint-Luc. Cette corporation, comme beaucoup d’autres, régit alors la vie des métiers parisiens. Louis s’est constitué une clientèle suffisante pour subvenir aux besoins de sa famille. Celle-ci s’agrandit en 1758 d’un petit frère, Étienne. Élisabeth est proche de lui et de leur père.

Comme beaucoup d’enfants de la petite bourgeoisie, elle est envoyée jusqu’à ses 6 ans chez une nourrice, en Val de Loire. Puis elle entre comme pensionnaire à l’école du couvent de la Trinité, dans le faubourg Saint-Antoine. Elle le quitte définitivement en 1766. Louis Vigée partage avec elle ses connaissances en matière de dessin. Il s’émerveille des dons de sa fille. Mais un an plus tard, il meurt alors qu’Élisabeth n’a que 12 ans. Très touchée par ce décès, la jeune fille poursuit néanmoins son apprentissage. Elle a la chance d’être encouragée par des amis de son père. Doyen, Greuze et Vernet la conseillent. Elle travaille aussi au Louvre, dans l’atelier de Gabriel Briard. Grâce à la copie des maîtres anciens ou plus modernes, elle développe une technique et un style qui lui sont propres. Ses premières œuvres rencontrent un public.

Peintre de la reine : une consécration

« Les peintres me tuent et me désespèrent » (Marie-Antoinette à sa mère Marie-Thérèse, novembre 1774).

La reine exprime ainsi à sa mère sa profonde lassitude de ne pas trouver de portraitiste à son goût. C’est sans compter sur la rencontre à venir avec Élisabeth Vigée Lebrun !

Dès 1770, un tableau d’Élisabeth produit un certain effet à Paris : il s’agit d’un portrait de sa mère. S’ensuivent des commandes, de plus en plus nombreuses. En 1774, l’artiste suit les traces de son père en intégrant l’Académie de Saint-Luc.

Lors d’une promenade dans les jardins du Palais-Royal, lieu de mondanités, la jeune femme fait la connaissance de la duchesse de Chartres, future duchesse d’Orléans. Grâce à cette aristocrate, voici Élisabeth propulsée au cœur de la cour : elle obtient une première commande en 1776, émanant du comte de Provence, frère cadet du futur Louis XVI. L’artiste est belle, élégante, vive et a de la conversation : beaucoup de qualités qui plaisent à Marie-Antoinette. Sans compter ses talents picturaux ! En 1778, elle réalise ainsi le premier portrait de la souveraine, en grand panier, et devient peintre officielle de la reine. Cette dernière peut enfin envoyer à sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse, une représentation d’elle-même qui soit satisfaisante.

La reine et sa portraitiste se voient régulièrement jusqu’à la Révolution et plus de 20 tableaux découlent de leur fréquentation. Elles entretiennent une relation familière, sans être amicale, mais partagent une même passion pour l’opéra.

Élisabeth Vigee Lebrun, portrait de Marie-Antoinette dit « à la rose ».
Élisabeth Vigée Lebrun, portrait de Marie-Antoinette dit « à la rose » (1783), Huile sur toile, 130 × 87 cm, Château de Versailles.

 

Élisabeth poursuit son ascension. En 1783, elle souhaite intégrer la prestigieuse Académie royale de peinture et présente un tableau d’Histoire : La Paix ramenant l’Abondance. Mais sa candidature se voit d’abord refusée. Grâce au soutien de Marie-Antoinette et sur ordre du Roi, elle fait partie des 4 femmes à intégrer l’Académie cette année-là.

⚜️ À lire en complément : Généalogie de Marie-Antoinette, arbre et explications.

Une vie personnelle foisonnante

À côté de son métier de peintre, la jeune Élisabeth connaît une vie personnelle bien remplie.

Sa mère s’est remariée dès la fin de 1767 avec Jacques-François Le Sèvre, un joaillier à la fortune établie. Les relations d’Élisabeth avec son beau-père sont hostiles. Il a tendance à s’approprier les premiers cachets qu’elle reçoit en tant que portraitiste.

En 1776, son mariage avec Jean-Baptiste Pierre Lebrun, marchand d’art et descendant du peintre de Louis XIV, lui ouvre les portes d’un monde artistique plus vaste. Le jeune couple voyage aux Pays-Bas et Élisabeth copie les maîtres flamands, en particulier Rubens. Sûr du talent de sa femme, Jean-Baptiste l’encourage à vendre ses tableaux à des prix élevés… et en récolte la majorité des bénéfices ! De leur union naît en 1780 Julie, surnommée « Brunette », qui devient très vite un modèle pour Élisabeth. En témoignent les portraits emplis de tendresse où mère et fille sont représentées. La vie familiale de Madame Vigée Lebrun est loin d’être de tout repos. Son mari se révèle joueur et s’endette facilement, comme elle le révèle dans ses Souvenirs. Pourtant, le salon de leur hôtel particulier devient très prisé : des compositeurs célèbres, comme Gluck, et des aristocrates le fréquentent. Élisabeth y improvise un jour un souper costumé « à la grecque » qui marque les esprits.

 Élisabeth Vigee Lebrun et sa fille Julie
Élisabeth Vigée Lebrun, autoportrait avec sa fille Julie (1789) Huile sur toile,130x 94 cm, Musée du Louvre, Paris.

Élisabeth Vigée Lebrun : une biographie dans la tourmente de l’Histoire

Malgré cette ascension et ces succès, la peintre officielle de Marie-Antoinette est, elle aussi, emportée par le tourbillon de la Révolution. Ce séisme marque durablement sa vie. Dans ses Souvenirs, elle confie, amère :

« Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées »

Sur les routes d’Europe

Le 5 octobre 1789, Élisabeth Vigée Lebrun, déguisée en ouvrière, fuit Paris avec sa fille. Sa qualité de peintre officielle de la reine met en péril leurs existences. S’ouvre alors, sans qu’elle le sache, un exil à travers l’Europe de près de 13 ans. Celui-ci la mène d’abord en Italie. Entre Turin, Florence, Naples et Rome, elle réalise une sorte de grand tour ou voyage d’études et découvre les maîtres italiens. Elle reçoit aussi de nombreuses commandes de la part des aristocraties locales. À Naples, elle peint Marie-Caroline, la sœur aînée de Marie-Antoinette. En 1791, elle envisage de rentrer en France, mais la nuit de Varennes avec la fuite avortée de la famille royale, le 21 juin, l’en dissuade. L’annonce des massacres du 2 au 7 septembre 1792 sonne le glas de son projet. Parvenue à Vienne, Élisabeth y séjourne 3 ans, pendant lesquels elle est déchue de sa citoyenneté française et inscrite sur la liste des immigrés. Son mari et son frère, restés à Paris, sont emprisonnés quelques mois. L’artiste apprend, tel un choc, que la reine de France a été guillotinée le 16 octobre 1793. En 1794, Jean-Baptiste Lebrun obtient le divorce afin de protéger le patrimoine du couple. Finalement, la portraitiste dont la renommée gagne l’Europe, se lance dans un périple de 3 000 kilomètres pour rallier Saint-Pétersbourg. Catherine II règne alors sur la Russie et Élisabeth rencontre une aristocratie francophile dont elle réalise les portraits. Elle se lie même d’amitié avec Stanislas, roi de Pologne.

De retour en France

Après 7 ans de travail, les commandes se raréfient à Saint-Pétersbourg. La voilà dans l’obligation de déménager à Moscou. Élisabeth est aussi minée par le mariage de sa fille Julie, en 1799, qu’elle désapprouve. Rongée par des accès de mélancolie, elle décide de rentrer alors en France. Depuis juin 1800, son nom ne figure plus sur la liste des immigrés. Elle arrive à Paris en 1802 mais peine à s’habituer aux transformations de son pays. Hostile à l’Empereur, elle tente un voyage en Angleterre, mais subit des calomnies ainsi que la rude concurrence des quelque 800 portraitistes locaux. Les années suivantes, ses voyages la conduisent en Suisse. Auprès de Mme de Staël, elle prend goût à la peinture de paysages.

Installée ensuite dans sa maison de Louveciennes, en région parisienne, Mme Vigée Lebrun est surprise en 1814 par l’arrivée des Prussiens. Elle ne doit la vie sauve qu’à son domestique qui parle allemand. Son existence personnelle s’assombrit encore quand sa fille, revenue à Paris et séparée de son mari, sombre dans l’indigence. Julie meurt en 1819, sans s’être pleinement réconciliée avec sa mère.

Souvenirs ou comment construire son image

Malgré les chagrins et les déceptions, les soubresauts de l’Histoire de France, comme la révolution de 1830, n’arrêtent en rien l’Art d’Élisabeth Vigée Lebrun. Elle organise toujours des salons appréciés et y reçoit la jeune génération romantique comme les écrivains Vigny et Chateaubriand.

Dans les années 1830, elle entreprend de rédiger ses Souvenirs. Elle les dédicace à une amie rencontrée en Russie, la princesse Kourakine. Pendant 10 ans, aidée de ses nièces, elle confie patiemment aux pages blanches le récit de sa vie « romanesque ». Élisabeth a toujours été attentive à l’image qu’elle véhicule et ne compte pas laisser d’autres auteurs retracer son existence. Dans la première partie de sa carrière, elle multiplie les autoportraits qui exaltent sa beauté. Ils sont aussi le meilleur moyen de revendiquer son talent. Avec ses Souvenirs, elle entend parachever l’image d’une femme peintre accomplie, tout en diffusant la profonde nostalgie qui l’habite. Élisabeth Vigée Lebrun demeure très attachée au souvenir de l’Ancien Régime et de la reine qu’elle a tant représentée.

Élisabeth Vigee Lebrun autoportrait au chapeau de paille
Élisabeth Vigée Lebrun, autoportrait au chapeau de paille (1782) Huile sur toile, 97,8 × 70,5 cm, National Gallery, Londres.

Un style pictural au service de Marie-Antoinette et de la monarchie

Se définissant presque comme autodidacte, Élisabeth Vigée Lebrun manie pourtant à la perfection la couleur et la composition. Elle nous laisse un vibrant témoignage pictural de son époque et de la famille royale.

Un « je-ne-sais-quoi » qui fait mouche

L’expression est de l’écrivain Boileau Despréaux (1806). Il traduit le degré de maîtrise auquel est parvenue l’artiste. Au-delà de la simple ressemblance de ses toiles avec la réalité, elle possède de véritables capacités d’écoute et d’observation de la nature humaine. Ainsi, ses portraits mettent en valeur ses modèles et en adoucissent les traits. Élisabeth adopte aussi un style vestimentaire simple et confortable, qui se diffuse parmi les membres de l’aristocratie qu’elle fréquente. Sa vie et son art n’ont de cesse de se mêler, comme elle l’écrit dans ses Souvenirs :

« Peindre et vivre n’a été qu’un pour moi. »

Une touche qui plaît à la reine

On observe, dans l’évolution des portraits de Marie-Antoinette réalisés par sa peintre fétiche, ce même cheminement. En 1779, le visage de la reine est encore empreint des traits caractéristiques, parfois peu flatteurs, des Habsbourg. Au fur et à mesure, Élisabeth Vigée Lebrun les estompe et modèle une image plus douce. Elle accompagne aussi une évolution qui tend à laisser de côté l’apparat. En 1783, pour son premier salon de peinture, l’artiste expose un portrait de la souveraine en robe de gaulle, une simple tenue de mousseline de coton, portée habituellement comme linge de corps. Cette représentation audacieuse, aux antipodes du décorum, provoque un scandale. Elle est vite remplacée par un autre portrait dit « à la rose », où Marie-Antoinette porte un vêtement plus conforme à son image royale.

Être peintre officielle ne comporte pas que des avantages ! Le travail d’Élisabeth sera encore critiqué en 1787 avec Marie-Antoinette et ses enfants. Pire, l’artiste subit des calomnies dans sa vie personnelle : on l’accuse d’être la maîtresse de Charles Calonne, contrôleur général des finances, très impopulaire, de Louis XVI.

Élisabeth Vigée Lebrun, portrait de Marie-Antoinette et de ses enfants
Élisabeth Vigée Lebrun, Marie-Antoinette de Lorraine-Habsbourg, reine de France et ses enfants (1787) Huile sur toile, 195 × 271 cm, Château de Versailles.

Quoiqu’il en soit, la reine manifeste pendant plus de 10 ans beaucoup d’estime pour l’œuvre d’Élisabeth Vigée Lebrun. L’image que nous conservons de la souveraine doit énormément à ses tableaux colorés, à la grâce certaine. La portraitiste s’est hissée, grâce à son talent et son réseau, au sommet de la peinture et de la société de son temps. Elle a traversé la Révolution, mais son cœur continue de battre pour l’Ancien Régime. Malgré les vicissitudes de l’Histoire et de sa vie personnelle, les tableaux de Mme Vigée Lebrun continuent de forger une partie de notre vision de la monarchie et de Marie-Antoinette.

💡 Découvrez la vie de Rose Bertin, marchande de modes, qui sut, elle aussi, mettre la souveraine en valeur.

Gersende pour Passion Marie-Antoinette

Sources :

Partager l'article

2 Responses

  1. Bonjour ,
    J’ai lu les  » Souvenirs » de Madame Elisabeth Vigée Lebrun ! Un livre passionnant , qui regorge d’anecdotes et d’épisodes vécut par cette artiste de talent . Cependant , pratiquement aucun témoignage nous informe de la fin de son existence , et des conséquences liées à son attaque cérébrale . Il me semble avoir lu qu’E.V.L , dans la rédaction des ses mémoires , n’y voyait plus et était atteinte de cécité ! On ne sait pas réellement dans quel état pouvait être ses yeux à ce moment précis de son existence . Voyait-elle encore un peu ? ou était-elle totalement aveugle ? A priori aucune information n’a pu être établie quant a son handicap visuel ! La raison pour laquelle , ses mémoires ont été rédigées par sa nièce , assistée d’une de ses dernières élèves !

  2. Bonjour André,

    Oui, ces mémoires sont un vrai plaisir à lire.
    Quant à la cécité de la peintre, elle est en effet peu documentée. C’est frustrant de ne pas pouvoir tout savoir, mais l’historien doit composer avec les blancs de l’histoire malheureusement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Passion Marie-Antoinette : la vraie Vie de la Reine

Les idées reçues sur Marie-Antoinette sont nombreuses. Apprenez à mieux la connaître avec des articles sur son histoire, ses lieux de mémoire et un tas d’anecdotes !
 
Bonne lecture !

Qui suis-je ?

Je suis Stéphanie Soulier. J’ai craqué pour Marie-Antoinette après avoir vu un docufiction sur Arte. Depuis… j’ai décidé de lui consacrer un blog. En savoir plus sur ma démarche.

Stéphanie Soulier du site Passion Marie-Antoinette

Recevez un extrait PDF gratuit de mon livre 

 

Adresse e-mail non valide


Recevez un Extrait de mon livre (gratuit)

C’est cadeau : 8 questions-réponses extraites de mon livre (pour tout savoir sur Marie-Antoinette).

Livre Marie-Antoinette l'essentiel de Stéphanie Soulier